Les grosses collections audio : une piste d'avenir pour le P2P (et la musique libre ?)

Bon vous l'aurez voulu, je sors ma calculatrice. 

Il y a déjà quelques années, j'avais vu passer un article sur l'augmentation des capacités de stockage disponibles pour l'utilisateur final. Article très intéressant qui concluait qu'à l'horizon d'une décennie, il serait tout à fait envisageable de stocker l'intégralité du catalogue audio de Spotify directement chez soi. 

Ça peut sembler un peu ahurissant comme ça, mais quand on regarde le prix du stockage actuel, en 2020... On peut avoir, pour une soixantaine d'euros, 2 teraoctets de stockage sur disque dur mécanique. Ceci n'a pas l'air impressionant comme ça, mais 2To de donnée, pour vous donner un ordre d'idée, ça représente plus de 4 fois l'espace nécessaire pour stocker les 55 000 titres de l'archive musicale libre Dogmazic. Ainsi, on peut très facilement stocker chez soi quelque chose comme 220 000 titres musicaux pour l'équivalent du prix de 6 mois d'abonnement à un service de streaming, simplement en frais à investir une fois pour toute dans l'achat du support de masse... 

Aussi, on peut vraiment se poser la question quand à la pérénité du modèle "streaming" qui est la rêgle actuellement. 220 000 titres ça représente vraiment quelque chose ! Une encyclopédie exhaustive englobant absolument toute la production musicale de plusieurs genres et de plusieurs époques. 

Alors, oui, il y a le piratage, et sans doute, dans les temps à venir, on trouvera facilement des collections par époque ou par thème, riches de plusieurs gigas et d'innombrables heures de musique, qui permettront sans doute au public d'assez vite s'affranchir des offres de streaming payantes ou rémunérées par la publicité. 

Mais aussi, il y a l'offre légale de musique placée sous une licence de libre diffusion permettant son partage sur le P2P. Creative Commons, Art Libre, et autres, les licences libres, et les musiciens qui les ont adoptées, sont légion, et leur souhait est justement d'être partagé. Les netlabels, les artistes libres, ont sans doute leur épingle à tirer du jeu au cours de la mutation qui s'annonce. Que les netlabels proposent leurs catalogues sur le P2P (en .flac, pour un netlabel relativement typique avec 100 ou 200 albums à son catalogue, cela représente quelque chose comme 30 à 60 gigas), et permettent aux gens de consolider de solides collections musicales selon leur goût, au sein desquelles ils seront assuré d'avoir toujours de nouvelles découvertes à faire, et on pourrait très rapidement voir l'establishment des maisons de disque et des gros catalogues, forcé, clopinant à la suite, proposer des offres de téléchargement en masse rendu possible par l'augmentation constante des capacités de stockage domestique offertes au public. 

Bien entendu la musique ne s'arrête pas à votre disque dur. Les offres logicielles, par exemple Ampache, ou Subsonic, permettent très facilement de monter à la maison un serveur privé qui rendra votre musique nomade. Vous stockez chez vous votre collection musicale, et ensuite, vous y accédez depuis n'importe où, depuis n'importe quel périphérique, via une application compatible ou un simple navigateur web. 

Voilà, pensez-en ce que vous voudrez. J'étais assez fier de moi vers 1997 ou 1998 quand j'annonçais que "le streaming de musique sur internet n'était peut-être pas une utopie". Peut être que dans une vingtaine d'année, vous vous souviendrez de ce papier où j'annonce, avec une bonne dose de confiance, que le streaming en ligne sur Internet risque bien de bientôt appartenir au passé.